En bref
- Naissance
- 30/03/1928
- Décès
- 09/02/2024
- Nationalité
- France
- Dernier mandat
- Ministre (France) · 1 janvier 1980
Biographie
## Jeunesse et études
Le père de Robert Badinter, Samuel (dit Simon) Badinter, est né le 20 septembre 1895, en Moldavie, dans le Yiddishland et arrivé en France en 1919, est issu d'une famille juive de Bessarabie (raion de Telenești) de l'Empire russe. En 1920, il suit les cours de l'Institut commercial de l'université de Nancy, où il obtient le diplôme d'ingénieur commercial. Il s'établit commerçant en pelleteries en gros à Paris (société Paris-New York) et demeure cité de Trévise. Il épouse le 7 juin 1923 à Fontenay-sous-Bois, Shiffra (dite Charlotte) Rosenberg, originaire comme lui de Bessarabie. La cérémonie religieuse a lieu à la synagogue Nazareth dans le 3e arrondissement de Paris. Ses parents aiment le pays de l'affaire Dreyfus où, malgré les antisémites, de grands esprits se sont levés en faveur d’un capitaine juif soupçonné de trahison. Le couple Badinter est naturalisé français en janvier 1928. Leur fils Robert naît quelques semaines plus tard dans le 16e arrondissement.
De 1936 à 1939 puis de septembre à décembre 1940, Robert Badinter est élève au lycée Janson-de-Sailly à Paris.
En 1939, il est étudiant au lycée Clemenceau de Nantes. Entre 1941 et 1943, il est élève au Collège-lycée Ampère à Lyon.
Robert Badinter (flèche) sur une photo de classe du lycée Janson-de-Sailly (vers 1938). Sa grand-mère maternelle Idiss - à laquelle il consacrera un livre - lui parle en yiddish; elle meurt pendant l’occupation en 1942. Son père est arrêté par la Gestapo lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon le 9 février 1943. Robert, 14 ans, part à sa recherche et manque d'être, lui aussi, arrêté. Simon est déporté depuis le camp de Drancy par le convoi no 53 du 25 mars 1943. Il meurt peu après au centre d'extermination de Sobibór. Naphtal Rosenberg, oncle maternel de Robert, né le 9 décembre 1886 à Edineț en Moldavie, est déporté par le convoi n° 12 du 29 juillet 1942, de Drancy vers Auschwitz. Sa dernière adresse est au 15 rue Madame-de-Sévigné, dans le 4e arrondissement de Paris.
De mars 1943 à août 1944, Robert Badinter trouve refuge, avec sa mère et son frère, Claude Badinter, à Cognin en périphérie de Chambéry en Savoie, où, inscrit avec de faux papiers portant le nom de Berthet, il entre au lycée Vaugelas.
Robert Badinter effectue ses études supérieures aux facultés de lettres et de droit de l'université de Paris, où il obtient une licence de lettres et une licence de droit en 1948. Il bénéficie d'une bourse du gouvernement français pour compléter sa formation aux États-Unis et obtient, en 1949, la maîtrise en arts de l'université Columbia de New York.
## Carrière professionnelle
Revenu en France, Robert Badinter s'inscrit comme avocat au barreau de Paris en 1951 et commence sa carrière comme collaborateur d'Henry Torrès. Il obtient un doctorat en droit à la faculté de droit de Paris en 1952 avec une thèse sur « Les conflits de lois en matière de responsabilité civile dans le droit des États-Unis », sous la direction de Jean-Paulin Niboyet.
En mai 1963 à Dakar, il défend le ministre des Finances sénégalais, Valdiodio N'diaye, accusé de « tentative de coup d'État » par le président de la République Léopold Sédar Senghor, dans le cadre de la crise politique de décembre 1962.
Ayant réussi en 1965 l'agrégation de droit privé, il devient professeur et enseigne aux universités de Dijon (1966), Besançon (1968-1969) puis Amiens (1969-1974), avant d'être nommé, en 1974, à l'université Paris I, où il enseigne à l'École de droit de la Sorbonne jusqu'en 1994, date à laquelle il devient professeur émérite.
Parallèlement à sa carrière universitaire, Robert Badinter fonde en 1965 avec Jean-Denis Bredin le cabinet d'avocats Badinter, Bredin et partenaires, où il exerce jusqu'à son entrée dans le gouvernement en 1981. Il participe à la défense du baron Édouard-Jean Empain après l'enlèvement de celui-ci et exerce autant comme avocat d'affaires (Coco Chanel, Boussac, talc Morhange, Empain, l'Aga Khan, etc.) que dans le secteur du droit commun. De cet humaniste plutôt libéral aussi au sens économique, qui s'enrichit à soutenir le gotha des affaires, Jean-Denis Bredin dit de lui que s'il a lutté contre la peine de mort, « c'était pour "acheter sa part de salut". (…) Il faisait de la "compensation morale" à cause des grandes affaires pécuniaires qui enrichissaient tant le cabinet ».
Robert Badinter et Patrick Henry lors du procès en janvier 1977 (croquis d'audience de Calvi paru dans Le Figaro).
En 1972, il est le défenseur de Roger Bontems, mais ne parvient pas à éviter la peine de mort à son client pour qui la Cour n'avait retenu que la complicité dans l'affaire du meurtre d'une infirmière et d'un gardien de la centrale de Clairvaux. Cet événement marque le début de son long combat contre la peine de mort et explique le fait qu'il accepte de co-défendre Patrick Henry, accusé d'avoir tué un garçon de sept ans en 1976. Grâce à sa plaidoirie contre la peine de mort en 1977, il sauve Patrick Henry de la peine capitale, ce dernier étant alors condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Par la suite, toujours dans le cadre de sa lutte contre la peine capitale, il défendra cinq accusés auparavant condamnés à la peine capitale et rejugés après cassation des différents verdicts, et leur évitera la mort :
Michel Bodin, en novembre 1977 (avec Me Nicole Pollak – fille de Me Émile Pollak – et Me Assicaud), coupable de l'assassinat d'un retraité (sans torture) le 28 novembre 1975 ; Mohamed Yahiaoui, en décembre 1978, coupable du meurtre d'un couple de boulangers le 27 décembre 1975 ; Michel Rousseau, en janvier 1979, coupable du meurtre d'une enfant de sept ans le 1er avril 1976, alors qu'il était ivre; Jean Portais, en février 1979, septuagénaire déjà condamné deux fois aux assises pour d'autres faits, coupable du meurtre d'une jeune femme lors du braquage d'une bijouterie, puis du meurtre d'un policier qui l'avait interpellé, crimes qui remontent à 1968-1969 ; Norbert Garceau, en mars 1980 (avec Me René Catala et Me Matthieu, bâtonnier d'Albi), coupable (récidiviste) du meurtre d'une jeune femme le 9 janvier 1978. En 1953, il avait étranglé une jeune fille de quinze ans et avait été condamné à la réclusion criminelle à perpetuité, puis libéré en 1972.
Il défendra, deux mois après le procès Garceau, l'anarchiste Pierre Conty, jugé devant les assises de l'Ardèche, qui sera condamné à mort par contumace et ne sera jamais retrouvé jusqu'à la prescription de l'affaire le 22 mai 2000.
En 1973, il publie chez Grasset son récit L'Exécution.
En 1974, il défend sans succès Jimmy Connors contre la Fédération française de tennis et son président Philippe Chatrier qui lui avait interdit de jouer le tournoi de Roland-Garros parce que sous contrat avec la World Team Tennis. Connors gagna cette année-là les trois autres tournois du Grand Chelem de tennis, il ne réussit ensuite jamais le Grand Chelem.
Il défend également la milliardaire Marie Christine von Opel (de), condamnée le 18 juin 1980 par la chambre correctionnelle de cour d'appel d'Aix-en-Provence à cinq années d'emprisonnement pour une affaire de stupéfiants et libérée le 13 août 1981 avec vingt autres femmes détenues, par une grâce du président de la République François Mitterrand proposée par Robert Badinter, devenu entre-temps ministre de la Justice.
En octobre 1979, il défend le directeur de la société Givaudan, Hubert Flahaut, dans l'affaire du talc Morhange, qui avait provoqué la mort de nombreux nourrissons sept ans auparavant. Il déclare alors à ce propos : « Ce n'est pas une société qui est jugée, mais un homme, je me sens un devoir de défendre cet homme ». En 1980, tous les condamnés sont amnistiés.
Son dernier procès avant de devenir ministre de la Justice est celui contre le négationniste Robert Faurisson, qu'il fait condamner en 1981 pour avoir « manqué aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s'imposent au chercheur qu'il veut être » et avoir « volontairement tronqué certains témoignages ». Et cela avant la loi Gayssot, qui date de juillet 1990 et qui qualifie de délit le fait de contester l'existence d'un crime contre l'humanité jugé par le Tribunal militaire international de Nuremberg.
Dans le cadre de la médiatique affaire Luc Tangorre, violeur multirécidiviste défendu par de nombreux intellectuels, il dépose sans succès un « pourvoi dans l’intérêt de la loi et du condamné » en février 1985 pour obtenir un nouveau procès.
De 1986 à 1991, il anime avec Michelle Perrot un séminaire sur la prison sous la Troisième république à l'École des hautes études en sciences sociales. La Prison républicaine (1871-1914) qu'il publie en 1992 vient conclure ce cycle de travail.
Controverses & affaires(1)
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- Controverse — Affaire Dominique Strauss-Kahn
Article détaillé : Affaire Dominique Strauss-Kahn. Aux débuts de l'affaire Dominique Strauss-Kahn de 2011 qui voit le directeur général du Fonds monétaire international accusé de tentative de viol et interpellé par la police de New-York, Robert Badinter réagit en se disant sur France Inter indigné par la « mise à mort médiatique » et dénonce la « défaillance d'un système entier ». En 2012, il prend à nouveau la défense de l'ex-directeur du FMI sur RTL en relevant que quand l'ancien ministre socialiste est poursuivi, « à chaque fois, la justice abandonne ».
Rapporté (au conditionnel)
Carrière politique
Ce qu'on dit de Robert Badinter
Citations, vidéos et interviews où d'autres personnalités politiques ou médias mentionnent cette personne.
Médias & multimédia
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Anecdotes
Controverse — Affaire Dominique Strauss-Kahn
Article détaillé : Affaire Dominique Strauss-Kahn. Aux débuts de l'affaire Dominique Strauss-Kahn de 2011 qui voit le directeur général du Fonds monétaire international accusé de tentative de viol et interpellé par la police de New-York, Robert Badinter réagit en se disant sur France Inter indigné par la « mise à mort médiatique » et dénonce la « défaillance d'un système entier ». En 2012, il prend à nouveau la défense de l'ex-directeur du FMI sur RTL en relevant que quand l'ancien ministre socialiste est poursuivi, « à chaque fois, la justice abandonne ».
Rapporté (au conditionnel)
Questions fréquentes
- Quel est l'âge de Robert Badinter ?
- Robert Badinter est décédé(e) le 9 février 2024, à l'âge de 95 ans.
